Chapitre 1

DING DONG

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Le bruit de la sonnette retentit à une heure vingt-trois du matin.

Dehors, le vent soufflait en bourrasques hivernales et faisait siffler les murs. Tristan, qui se trouvait à ce moment devant l'ordinateur en train de travailler, sursauta.

La sonnette retentit une deuxième fois.

Il se leva. La chaise de bureau roula en arrière et frappa le mur. Les écrans étaient la seule source de lumière dans le condo.

Troisième sonnerie. Longue. Quelqu'un tenait le bouton.

Il marcha jusqu'à la porte d'entrée et jeta un œil en direction du loquet : bien verrouillé. Cette constatation lui procura un léger soulagement. Il barrait toujours la porte derrière lui, même en plein jour. Chaque fois qu'il rentrait chez lui, il verrouillait et exhalait intérieurement. Son antre n'appartenait qu'à lui seul.

Il regarda vers la fenêtre et aperçut une silhouette dont il ne pouvait distinguer les traits. Elle se tenait immobile dans la noirceur du porche, les bras pendant le long du corps. Une capuche rabattue profondément sur sa tête empêchait de voir son visage.

Il aurait voulu allumer la lumière extérieure, mais l'ampoule était brûlée depuis des mois. Il s'en voulut de sa négligence envers les tâches d'entretien.

La tête capuchonnée se redressa lentement. Il put vaguement distinguer ses traits. Un frisson gagna le dessus de ses mains, puis monta le long de ses avant-bras.

Une femme. Jeune, peut-être vingt-cinq ans. Elle le regardait sans le voir. Ses yeux étaient ouverts, mais fixaient un point derrière lui, ou à travers lui. Ces yeux-là n'appartenaient pas à quelqu'un de dangereux.

Il glissa le loquet et tourna la poignée. Au moment même où il tirait la porte vers lui, la jeune femme en profita pour s'infiltrer et franchit le cadre de porte pour pénétrer dans le hall d'entrée.

La faible lumière provenant de la salle à manger lui permit enfin de distinguer le visage de l'inconnue pour la première fois. De longues coulisses de mascara noir lézardaient ses joues.

Tristan voulut lui dire quelque chose pour briser le silence oppressant, mais seul un faible bredouillement sortit de sa bouche.

Elle fit un pas. Deux. La semelle de ses souliers laissa une trace mouillée sur le plancher de bois franc. Au troisième pas, ses jambes lâchèrent. Pas un affaissement graduel. Un effondrement, sec, total, comme un circuit qui se coupe.

Tristan s'accroupit. Elle respirait. Sa peau était froide. Il toucha son poignet pour vérifier le pouls. Présent, rapide, irrégulier.

Il referma la porte, alla chercher une couverture dans la chambre d'ami, revint et la posa sur elle. Ses vêtements étaient trempés. Elle tremblait par vagues, des contractions qui partaient du ventre et montaient jusqu'aux épaules.

— Hé. Tu m'entends?

Rien. Elle ne parlait pas. Pas un mot, pas un son. Juste la respiration et les tremblements.

Il prit son téléphone et s'apprêta à appeler le 911, mais se ravisa rapidement. Il avait observé quelque chose dans les yeux de la femme quand elle l'avait regardé sur le palier. Pas de la peur. Pas de la douleur. De la fuite. Les yeux de quelqu'un qui ne veut pas être trouvé.

Il rangea le téléphone dans sa poche.

Il ne sait pas encore ce qu'elle porte, marqué au fer dans le dos.

Personne ne le sait.

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Chapitre 2 · Un incident