Chapitre 2

UN INCIDENT

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Frédéric Sansoucy roulait sur l'autoroute 55 en direction nord, les deux mains sur le volant. En bordure, il admirait du coin de l'œil les vallons complètement couverts de neige. Voilà à peine un mois que l'hiver était commencé et déjà plus de cinquante centimètres de neige s'étaient abattus sur les Cantons-de-l'Est.

Il avait son permis de conduire depuis trois semaines. La Civic usagée que son père lui avait trouvée sentait encore la cigarette de l'ancien propriétaire, malgré les deux sapins verts suspendus au rétroviseur.

Frédéric roulait à cent kilomètres-heure, peut-être un peu moins. Ses pneus d'hiver mordaient bien, mais il ne prenait pas de chance. Son père lui avait répété la même phrase trois fois avant de lui donner les clés : la glace noire, tu le sais pas qu'il y en a avant d'être dans le fossé.

La 55 pouvait parfois sembler longue et recluse, mais il y avait de beaux panoramas à observer. Surtout l'automne et l'hiver après une tempête.

Son regard finit par se poser sur le paysage à sa droite.

Quelque chose dans le champ.

Une forme sombre, allongée, face contre terre au milieu de la neige.

Après s'être assuré que ses yeux ne lui jouaient pas de tours, son pied enfonça brusquement la pédale de frein. Les pneus crissèrent sur l'asphalte. Dans sa voiture immobile, le cœur battant à tout rompre, il ne bougea plus. Il regarda à travers le pare-brise : sous la force du freinage, la Civic avait légèrement dérapé et terminé à moins de deux mètres d'un poteau. Un de ceux qui mettent en garde contre la présence de chevreuils dans les environs. Une chance qu'il n'avait rien heurté; son père aurait été furieux qu'il abîme sa nouvelle voiture.

Frédéric resta immobile dans la voiture. Le moteur tournait. Ses mains serraient le volant.

Il regarda à nouveau par la vitre du passager. La forme était toujours là. Face contre terre. Les bras le long du corps.

Il ouvrit la portière. Une voiture passa en trombe et le souffle lui arracha la casquette de la tête. Le conducteur lui jeta un regard de travers. Frédéric ramassa son couvre-chef, le secoua pour enlever les flocons de neige et marcha vers le champ. La neige n'ayant pas été déblayée dans cette zone campagnarde, il avait de la difficulté à avancer. Ses espadrilles se remplirent en trois pas.

Il avançait en levant les pieds haut, le souffle court, les yeux fixés sur la forme devant lui. Plus il s'approchait, plus la forme se précisait. Un manteau. Des bottes. Des cheveux. Un corps.

À cinq mètres, il s'arrêta.

Il remarqua la présence du sang. Une flaque rouge rubis contrastant décidément avec le blanc immaculé l'entourant. La peur le gagna. Il fit demi-tour en courant vers sa voiture, tombant plusieurs fois dans la neige.

Il atteignit la voiture, claqua la portière, verrouilla.

De ses doigts tremblants, il composa le 911.

Frédéric ne sait pas encore ce qu'il vient de trouver dans ce champ.

Le sergent-détective Loranger, lui, va bientôt le savoir.

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